Cet article #1 est le début d’une série.
Je vous ferai part de mes inspirations, mes coups de cœur. Car les portraits inspirants nourrissent mon regard artistique !
Quelques éléments d’histoire de l’art viendront compléter mon ressenti.
Pourquoi les portraits inspirants comptent dans ma vie créative
Les portraits m’inspirent parce qu’ils capturent bien plus qu’un simple visage : ils transmettent une émotion, une histoire, un point de vue sur l’humain, la vulnérabilité ou la force.
Ils nourrissent ma créativité, m’aident à comprendre ce que je souhaite explorer et m’encouragent dans mon chemin artistique.
Le portrait de Jean II Le Bon
J’ai la chance d’aller régulièrement au musée du Louvre à Paris. Pour dessiner, pour flâner, pour découvrir et redécouvrir.
Quand vous arrivez dans l’aile Richelieu au niveau 2 depuis les grands escalators, vous tombez nez à nez avec le portrait de Jean II Le Bon, roi de France de 1350 à 1364.

La toile, de dimensions contenues, 60 cm de hauteur sur 45 cm de largeur, est positionnée à hauteur des yeux du public de sorte que la rencontre entre le visiteur et le roi se produit.

Réalisée au XIVe siècle, cette toile rompt avec la tradition médiévale du portrait idéalisé ou symbolique. L’inscription « Jehan Roy de France » a probablement été ajoutée a posteriori.
On voit ici un homme seul, avec un visage unique, une présence, une identité. C’est un pas important vers le portrait psychologique.

© 2017 GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Michel Urtado
Le portrait de Jean II Le Bon : un de mes coups de cœur
Êtes-vous déjà resté plusieurs minutes à observer un tableau comme pour pénétrer à l’intérieur ? Moi, oui, devant celui-ci.
Le portrait n’est pas théâtral. Jean II est calme, presque austère. Et c’est précisément cette retenue qui attire. Voir un visage aussi directement, si bien conservé, donne l’impression que le temps se replie. On se tient devant quelqu’un qui a réellement existé au Moyen Âge, et dont la présence se fait encore sentir sept siècles plus tard.
Observons les détails :

- Les pommettes légèrement saillantes, la ligne du nez longue et étroite, les lèvres minces et serrées composent un visage grave, concentré.
- Jean II porte une chevelure coupée au carré. Chaque mèche, peinte par fines stries, donne un relief doux.
- Le fond doré, quasi monochrome – mais avec les irrégularités typiques de la feuille d’or appliquée à la main – est un choix radical. On est loin des fonds décorés de l’art médiéval. Ici le fond isole la figure et focalise notre regard. Ce portrait révèle la présence humaine.
- L’habit noir, sans ornements, à la coupe droite, presque géométrique, accentue l’impression de gravité. L’ensemble restitue une austérité étonnamment moderne.
J’admire le talent du peintre, le parti-pris du cadrage, le contraste. Je ressens la sérénité de l’homme. J’aime avoir la chance de regarder de très près un instant d’histoire de France.
Jean II Le Bon, tu me verras peut-être te faire une petite révérence ou un clin d’œil à l’occasion d’un de mes passages au Louvre !
Portraits classiques : l’héritage des maîtres
Les portraits classiques constituent un pilier majeur de l’histoire de l’art et nourrissent mon regard aujourd’hui. Deux périodes m’inspirent particulièrement : la Renaissance et le Baroque.
Portraits de la Renaissance : humanisme
La Renaissance a placé l’homme au centre de l’univers, et cela se ressent dans chaque portrait de cette époque.
En Italie, en référence à l’antiquité, les artistes recherchent un idéal de beauté ancré dans l’humanisme héroïque. Les Flamands quant à eux développent un humanisme du quotidien, attentif au réel, au monde social.
Citons aujourd’hui ces portraits inspirants :
Petrus Christus – Portrait d’une jeune femme
A la Renaissance flamande, du XVe au début du XVIe siècle, les villes marchandes telles que Bruges, Gand et Anvers sont florissantes. Le mécénat y est actif, de la part de la bourgeoisie comme de l’église. Quel terrain fertile pour les peintres !
Dans Le Portrait d’une jeune femme, Petrus Christus contribue à développer le portrait individuel. Rigueur psychologique, précision des traits, représentation du statut social.

Le portrait fut acquis par la famille Médicis, grands mécènes de l’époque. Mais il ne représente pas un membre de cette famille ; l’identité du modèle reste inconnue.
Petrus Christus utilise un éclairage naturel frontal, provenant certainement d’une fenêtre.
Le modèle porte un hennin noir, cette coiffure féminine du Moyen Âge, et une robe très sombre. L’arrière-plan est d’une grande simplicité ; le mince col blanc, en fourrure d’hermine, apporte une note de clarté. Cette sobriété chromatique conduit à un portrait sculptural centré sur le visage opalescent.
Petrus Christus – Portrait d’une jeune femme : un de mes coups de cœur
J’ai eu la chance d’admirer le Portrait d’une jeune femme de Petrus Christus à la Gemäldegalderie à Berlin (Allemagne) en 2024.
Cette huile sur panneau est un petit portrait, seulement H. 29 × L 22,5 cm. Mais la fascination est grande ! Cette jeune fille, hautaine, semble nous défier du regard.
L’intensité du regard est accentuée par des artifices techniques : les yeux en amande, le regard oblique vers le spectateur.

Au XVe siècle, les traits dominants de la plupart des portrais féminins étaient la dignité, la réserve, la foi, la sérénité, l’humilité.
Ici, la très jeune fille appartient à la caste dirigeante et le fait savoir par son attitude, la défiance.
Le peintre a capté l’audace et le défi d’une adolescente.
Portraits baroques : jeux de lumière et intensité
Avec l’époque baroque, l’art du portrait se charge d’intensité dramatique. La lumière y joue un rôle central : elle sculpte les visages, révèle les reliefs, amplifie les émotions.
Parmi les portraits baroques qui me touchent, citons aujourd’hui :
Jacob Jordaens – Homme obèse
Jacob Jordaens (1593–1678) fait partie des figures majeures de l’école d’Anvers, aux côtés de Rubens et Van Dyck.
Avec L’Homme obèse, l’artiste montre un personnage corpulent, représenté à la chair abondante, le visage rougi, l’expression joviale.

Le style combine la volonté de représenter le réel de manière directe et vraie, avec l’esthétique spectaculaire et émotionnelle du baroque. On parle de réalisme baroque.
Jordaens ne cherche pas à flatter ; il montre le corps tel qu’il est.
Y a-t-il néanmoins une forme de caricature ? Ou de moralisation ? Ses portraits et scènes de genre comportent souvent une touche morale, sur l’excès, la gourmandise ou la vanité.
Jacob Jordaens – Homme obèse : un de mes coups de cœur
Ce portrait est visible au musée du Louvre, aile Richelieu, niveau 2, salle 802.
Dans les portraits baroques, l’artiste ne cherche pas l’idéal, mais l’instant, la présence brute. Les ombres et lumières intensifient l’émotion.

Je l’aime bien, cet Homme obèse. Il fait partie des portraits inspirants. Ce personnage est représenté avec une vérité sans fard mais chaleureuse. J’y vois de la bienveillance de la part de l’artiste.
Au XIXe siècle : romantisme et réalisme pour révéler l’âme
Je vous parlerai bien entendu de Gustave Courbet, un de mes chouchous, mais pour le XIXe siècle, citons aujourd’hui :
Hippolyte Flandrin – Tête d’homme de profil
Hippolyte Flandrin s’inscrit dans la tradition académique française. Élève d’Ingres, il hérite de son maître le goût de la précision, du dessin pur et de la recherche d’une vérité intérieure.
Il existe dans l’œuvre d’Hippolyte Flandrin des éléments qui le rapprochent des romantiques : exprimer l’émotion, la sensibilité et la subjectivité.
Sa Tête d’homme de profil est visible au musée du Louvre, aile Sully, niveau 2, salle 940.

Cette huile sur toile, de dimensions H 21,5 x L 16,3 cm, présente un profil volontairement simple et dépouillé. Cela renvoie à une tradition très ancienne – celle des camées antiques, ces pierres gravées en relief, à l’univers chromatique naturel, minéral, tout en subtilité.
Hippolyte Flandrin – Tête d’homme de profil : mon coup de cœur
Cette étude témoigne du rôle fondamental du dessin dans la formation classique des peintres. J’y suis sensible.
Mon regard se porte sur la maîtrise des proportions, la compréhension de la structure osseuse. Et dans le même temps, le modelé est d’une sobriété exemplaire : des transitions douces, une lumière diffuse.
J’admire les nuances de beige brun, les contrastes.
Devant ce dessin, je suis frappée par la simplicité et la dignité silencieuse du visage.
Une autre œuvre de Flandrin me fascine également. Ce n’est pas un portrait mais je ne résiste pas au plaisir de la faire figurer ici.

Vous aurez compris mon attirance pour les corps dans une approche classique et académique !
Les portraits modernes et contemporains : réinventer l’intime
Avec les modernes et les contemporains, le portrait connaît une véritable révolution. Les artistes ne cherchent plus seulement à représenter fidèlement un visage ; ils explorent l’intériorité, la subjectivité.
Cindy Sherman : Le portrait photographique
Cindy Sherman, artiste américaine de New York, revisite le portrait photographique.
Ses « portraits » ne sont en réalité pas des portraits traditionnels : elle y apparaît presque toujours elle-même, mais jamais en tant que Cindy Sherman.
Depuis le milieu des années 1970, l’artiste se met en scène. Elle se transforme en une multitude de personnages grâce au maquillage, aux costumes, aux postiches, aux décors et surtout grâce à la mise en scène photographique.

Ce faisant, elle questionne l’image, les stéréotypes et la représentation de soi.
A travers ses portraits, elle scrute la place de la femme dans la société et sa représentation. Pour elle, l’identité n’est jamais fixe : elle est performance, construction. Chaque image est fabriquée.

Cindy Sherman : Un de mes coups de cœur
Fin 2020, j’avais eu le plaisir de découvrir l’œuvre de Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton à Paris. Je m’étais bien amusée de ses facéties !

© 2020 Cindy Sherman
Portraits de célébrités : cinéma et musique
Certains portraits de célébrités – du monde du cinéma, de la musique ou du sport – occupent une place particulière dans mon univers.
Que ce soit en peinture ou en photographie, lorsqu’un artiste revisite une icône, il ne se contente pas de reproduire un visage célèbre : il capture une énergie, un mythe, une époque.
L’icône revisitée : quand l’artiste capture la légende
Nous avons tous en tête Andy Warhol qui a transformé Marilyn Monroe en figure pop mythique. Ses sérigraphies multicolores, répétées comme un mantra visuel, résument à elles seules l’ambivalence de la star : glamour, fragilité, surmédiatisation.
En un mot, Warhol a peint l’icône, « le mythe Marilyn ».

En 2009, le Grand Palais présentait son exposition « Le Grand monde d’Andy Warhol ». J’y étais ! Je reste marquée par les fonds unis, les couleurs vives et contrastées qui isolent le visage et renforcent l’impact visuel de ses portraits.
Pourquoi certains portraits de célébrités deviennent des symboles culturels
Certains portraits de célébrités deviennent de véritables symboles culturels ; ils capturent une époque. Ce sont des portraits inspirants au même titre que les peintures !
Le portrait de David Bowie pour la pochette de l’album Aladdin Sane, photographié par Brian Duffy en 1973 symbolise l’explosion de l’identité multiple, de la liberté artistique et du glam rock des années 70. Un homme androgyne, torse nu, maquillé dans les tons de rose, au visage zébré d’un éclair.

Il n’est pas évident de transmettre une émotion avec un regard baissé, les paupières closes. Face à cette pochette, je plisse les yeux et perçois trois strates contrastées qui se superposent de haut en bas : la chevelure, le visage grisé prolongé par le cou et les épaules, puis la blancheur du torse. Surgit alors l’éclair. Puis la goutte d’eau nichée dans le creux de la clavicule.
Plaisir intact de redécouvrir les détails.
Par curiosité, jetez un coup d’œil à mes portraits de célébrités !
En conclusion, le portait me stimule !
En fin de compte, qu’il s’agisse de peintures de la Renaissance ou de portraits photographiques d’aujourd’hui, j’aime les visages qui racontent des histoires. Ils me fascinent, m’inspirent, me donnent envie de saisir la beauté des corps, les contrastes, les expressions… Bref, ils nourrissent mes idées de tableaux !


